Les salariés, écoeurés, ont débrayé hier midi devant l'usine à Fontvieille, bardés d'autocollants « Refusé » pour faire voir leur mécontentement. : Photo Marc Mehran La sentence est tombée à l'heure du déjeuner : le 31 mars 2011, l'usine Sofamo du groupe L'Oréal sera fermée et les activités centralisées dans le nord de la France.
Épilogue d'une période incertaine. Un couperet pour les 200 salariés de ce bâtiment de Fontvieille, haut de sept étages et producteur des produits de beauté et cosmétiques Biotherm.
Reçus hier midi par la direction de l'usine et par Marc Menesguen, vice-président de la division des produits de luxe de L'Oréal, les salariés sont sous le choc.
Aux questions, le personnel a répondu par le pavé, débrayant sur le trottoir devant l'usine. Certains pleurent. D'autres se vissent à leur téléphone pour informer leurs familles. Spectacle de désolation en plein coeur de Fontvieille, grouillant d'employés pressés entre midi et deux heures.
Une usine qui n'est plus compétitive ?
Flash-back du 27 mars dernier : la direction avait annoncé un maintien du site pour trois ans. « On nous a donné l'espoir sans jamais nous parler de fermeture, se désole Stéphane Langlois, délégué du personnel. Nous refusons d'être sacrifiés par un groupe qui dégage 17 milliards de chiffre d'affaires ! » Le 19 mars, c'est après avoir manifesté que les employés Sofamo avaient obtenu cette petite garantie même « s'il n'y avait pas d'avenir à long terme ».
Aujourd'hui, l'usine est finalement condamnée. « L'exploitation de Sofamo ne sera plus viable à terme, tant sur le plan de la sécurité des riverains et de la protection de l'environnement, que sur le plan industriel et économique », explique la direction dans un communiqué de presse. Une usine en ville, sur plusieurs étages, difficile d'accès. « Il n'y a pas de possibilités d'amélioration, ce qui implique la cessation des activités », confirme Guylaine Mercier au service de presse. La cessation est fixée au dernier jour du bail des locaux, le 31 mars 2011.
Moyenne d'âge de 40 ans
Sur le pavé les salariés sont écoeurés. Le plus dur ? « Notre directeur nous a dit que nous n'avions rien à nous reprocher. » Le site a réalisé 68 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2006.
Mais le 1er mai 2007, la centrale d'expédition de produits de l'entreprise à Carros avait fermé. Et 45 % de la production avait été délocalisée (25 millions de pièces et 80 intérimaires en moins). Prémices d'un avenir qui faisait peur aux employés. Les activités avaient été déplacées dans le nord de la France. « Depuis on se demandait quel serait l'avenir pour notre usine », note Fadila Ould El Hkim, déléguée syndicale. Même scénario pour l'usine monégasque aujourd'hui. La totalité des productions du site sera regroupée à l'usine de Sicôs (Nord). L'activité des laboratoires de recherche sera redirigée aux laboratoires de Chevilly-la-Rue en région parisienne (Val-de-Marne).
Pour tous les employés, la direction de l'usine Sofamo promet « un poste équivalent sur un autre site du groupe en France avec un plan d'accompagnement personnalisé ». Prônant la possibilité d'utiliser les deux ans et demi avant la fermeture de l'usine « pour accompagner chaque collaborateur dans son projet ». Au total : 173 salariés en CDI pour l'usine et 25 salariés au laboratoire de recherche.
La moyenne d'âge est de 40 ans. Difficile de revenir sur le marché du travail ou de tout quitter pour aller s'installer à des milliers de kilomètres ? « Il y a beaucoup d'anciens dans l'usine qui est familiale. Des couples, des gens qui ont fait leur carrière ici. Et des Italiens qui viennent travailler tous les jours », explique Richard Ravel, délégué du personnel.
Une trame de plan social devrait être présentée ce matin aux délégués du personnel. Les salariés promettent de se mobiliser et de se battre. « Nous espérons que le gouvernement nous aide. Nous voulons un plan social exemplaire ! »