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Monaco-Matin
Actualité Monaco
vendredi 18 avril 2008

Chamois : l'épidémie de conjonctivite pourrait s'étendre à l'ensemble du Mercantour

Mortelle pour 20 % des chamois qui en sont atteints, l'épidémie de kérato-conjonctivite apparue l'été dernier dans le Mercantour (voir nos éditions du 9 septembre 2007) prend de l'ampleur. De la Haute-Tinée, elle s'est propagée durant l'hiver en direction du sud et de l'ouest. Son extension paraissant, selon les experts, inéluctable, car impossible à stopper en milieu naturel, elle pourrait concerner, d'ici cinq ans, l'ensemble du massif. De la vallée de l'Ubaye aux contreforts mentonnais.

Courant août 2007, l'alerte fut donnée près des lacs de Vens. Des chamois tournaient en rond, éprouvaient des difficultés à se déplacer. Plongés dans une cécité partielle ou totale, ils présentaient des yeux gonflés, vitreux et suppurants. Dans ce cirque, près de 200 ongulés, sur une population de 800, sont passés de vie à trépas. « Les malades ne parviennent plus à se diriger, explique Gilles Delacour, technicien de la faune au parc du Mercantour. Affaiblis et amaigris, ils chutent et se blessent gravement, sont croqués par le loup, ne résistent plus à un coup de froid, à une tempête de neige. »

La faute, en partie, aux insectes

À partir de Vens, l'épidémie (plus précisément l'épizootie) s'est propagée lors du rut de novembre-décembre, à l'occasion de contacts rapprochés entre animaux contaminés et sains. Elle s'est installée dans les secteurs d'Isola, de Saint-Etienne-de-Tinée, d'Entraunes et de Bayasse. En estive cet été, elle pourrait encore s'étendre par l'intermédiaire d'insectes transportant d'un chamois à un autre les larves infectées (les mycoplasmes). N'existe-t-il donc aucun moyen d'endiguer le fléau ? « Il est facile de traiter les moutons qui en sont également victimes, indique Gilles Delacour. Et impensable en haute montagne de capturer des chamois pour leur administrer un médicament. D'ailleurs, ce n'est pas notre rôle d'interférer dans un processus, certes attristant mais parfaitement naturel. »

Les bouquetins résistent mieux

L'épidémie, qui s'attaque également aux bouquetins, avec cette fois-ci un faible taux de mortalité, s'inscrirait donc dans l'ordre des choses. À un bémol près. Elle aurait été initialement déclenchée dans la région italienne du Viso par un troupeau ovin mal soigné.

Dans le Mercantour, elle n'était plus apparue depuis 1920. Combien de temps durera-t-elle ? « Elle est censée s'éteindre d'elle-même, rapporte le technicien chargé de son suivi. De nombreux animaux ne sont pas touchés et ceux qui en réchappent s'immunisent. » Cette dernière règle souffre, hélas, des exceptions. Dans les Hautes-Alpes, des chamois seraient atteints pour la seconde fois. Ce qui fait craindre aux scientifiques une mutation de l'agent infectieux.

Jean-paul Fronzes
Monaco-Matin
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