«Ohé les Muchachos, j’apportele courrier ! » Avec son célèbre« facteur de Santa Cruz… affalésur son cheval, sous le soleiltropical… », Henri Genès avait réaliséun énorme tabac musical en1957, grâce à son héros Mexicano.Et s’il n’avait pas pu embrasser lacarrière de footballeur à succèsque l’on connaît, le défenseur brésiliende l’ASM Fabian Guedes dit« Bolivar », – comme Jean Tigana –,aurait très bien pu rester facteur.Facteur à Santa Cruz Font Sul !
Avant de basculer dans le foot pro,pour gagner sa vie, le jeune Fabiencommença à l’âge de 16 ans pardistribuer les plis. Pendant un andans sa ville natale. A 160 km àl’ouest de Porto Alegre, dans l’étatdu Rio Grande, le plus au sud duBrésil aux frontières de l’Uruguayet de l’Argentine.
C’est dans ce centre principal(90000 habitants) de la vallée duRio Pardo, plus grande région productricede tabac du pays – le Brésilest le premier exportateur mondial–, que le jeune Fabian a grandiet aime se ressourcer en vacancesdans son quartier du Bom Jésus.« C’est toujours une grande joie dese retrouver en famille avec mesparents, mon frère Marcel (29 ans)et mes deux soeurs Tatiana (33 ans)etMonìsi (17 ans) », confie-t-il dansun français encore prudent. Aucours de la discussion il put comptersur l’appui de son fils Tales, 7ans, remarquablement bilingueaprès seulement une année d’étudede notre langue à l’école Bosio àMonaco.
Un bout de chemin avec RonnieFabian a effectué ses débuts àl’Avendia Santa Cruz, avant de goûteraux joies de la 1re division auGuarani de Venancio Aires à 30 kmpour rejoindre ensuite le Grêmio(de18 à 21 ans). C’est là qu’il eutl’occasion de côtoyer Ronaldhino.« Ronnie était tout jeune,mais c’étaitdéjà un phénomène, un garçon trèssimple et affable avec tout le monde ».
Le père de Fabian,membre de la sélectionauriverde aux JO de Munichen 1972 et figure emblématiquedu Grêmio Porto Alegre –l’autre club Gaucho – était appelé« Le Général ». Aussi c’est très naturellementqu’il surnomma sonsecond fils « Bolivar », du nom duchef des guerres d’indépendancesqui délivra l’Amérique du Sud.
Le jour de gloireLe 16 août 2006 restera à toujoursgravé dans sa mémoire. Aprèsavoir dominé à l’aller le grand rivalSao-Paulo 2-1, Fabian Guedes offraitau retour à l’International RSPorto-Alegre (2-2) la fameuse CopaLibertadores, l’équivalent sud américainde notre Ligue des champions.Le jour de ses 26 ans! « Ce futune joie indescriptible, quelquechose d’irréel. Cela faisait 97 ansque le club attendait cette consécration.Dans cette finale 100%brésilienne,nous n’étions sûrs de rien,malgré le résultat du match aller.La pression était énorme. A l’arrivéece fut une soirée merveilleuse. Jamaisje n’aurais pensé que cela pouvaitm’arriver. Ce fut un jour historique,un cadeau d’anniversaire inespéréet pour mon fils égalementqui fêtait ses six ans!Quand je penseque j’ai décroché le trophée que toutjoueur rêve d’inscrire un jour à sonpalmarès ».
Relancé par BragaUn an avant pourtant Fabian avaitsouvent fait banquette et il étaitloin d’imaginer pareil sacre.« C’étaitdifficile mais je n’ai jamais perduconfiance. J’ai continué à travailler ».Ainsi quand Abel Braga qui l’avaitconvaincu de quitter le Grêmio luiaccorda davantage de temps dejeu, Bolivar de latéral droit s’imposairrésistiblement dans l’axe.
Lors de des confrontations avecSao Paulo, rigoureux et efficace,Bolivar tint en respect RicardoOliveiraet Aloìsio.Quand il se décida à s’engager avecMonaco avant la finale, l’ex-entraîneurde l’OM le conforta dans cechoix. « Il ne m’a dit que du bien del’ASM et du championnat français engénéral et que je n’aurais pas demal à m’acclimater hormis lalangue ». C’est à l’occasion de cetteCoupe des Libérateurs où il disputa14matchs (1 but àMaracaïbo)que les deux superviseurs Billy etPaulo repèrent ce joueur déterminéet alertèrent rapidement lesdirigeants monégasques.
La régularité mêmeArrivé le en Principauté pour 4ME,le 23 août 2006, quatre jours aprèsil débuta au Louis-II face à Sedan.Pour s’installer sans discontinuerde la 4e à la 37e journée en défensecentrale aux côtés de Givet ouMonsoreau. « Je savais que je pouvaism’adapter rapidement. Aprèsla finale et malgré les fêtes, je nepouvais pasmanquer de rythme carj’avais continué à m’entraîner. Au niveaujeu, je ne pouvais pas non plusêtre dépaysé en sortant de la Coupede Libertadores où tous les matchsétaient âpres : beaucoup de marquage,d’agressivité. C’est tout celaqui m’a permis d’enchaîner 34matchs consécutifs sans problème. Etavec seulement deux cartonsjaunes », fait-il remarquer avecfierté. Mais un problème de genoul’avait empêché de participer à ladernière rencontre face à Nancy.
L’Europe et la SeleçaoLes bons résultats de l’ASMaidant,il ne désespère pas de retenir l’attentiondu sélectionneur Dunga.« Bien sûr, c’est difficile de se faireremarquer tant la concurrence estimmense pour la Seleçao. Mais laplupart des meilleurs joueurs brésiliensévoluent désormais en Europe.Il suffit que Monaco réussisse unebonne saison, revienne au plan européen».
Monaco, justement, semble bienmieux parti en tous les cas que l’anpassé. « C’est très encourageant etimportant pour moi qui suis venupour gagner des titres. L’équipe jouebien actuellement, enchaîne les résultats,engrange des points. Nouspouvons raisonnablement espérerrevenir au plus haut niveau ».
J.-B. LABATUT
Pour Foot 06