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vendredi 09 mai 2008

Nice : Le vautour fauve attaquera-t-il les troupeaux du Mercantour ?

Éboueur des alpages, le vautour fauve est censé se nourrir exclusivement de charognes. Depuis peu dans les Pyrénées, le grand oiseau au cou déplumé tue cependant des bêtes affaiblies, des bovins et ovins à peine nés, accidentés ou malades. Si ce changement de comportement inquiète le pays basque, il demeure marginal. Va-t-il concerner notre région ? Au nom du principe de précaution, le parc du Mercantour l'envisage et s'y prépare.

L'origine du problème se situe en Espagne, qui a favorisé le développement de l'espèce en l'alimentant avec les cadavres issus d'élevages de porcs. Avec l'interdiction en 2006 des charniers à ciel ouvert et leur remplacement par l'équarrissage industriel, les charognards ont été contraints, du jour au lendemain, à la diète. Affamés, ils ont franchi la frontière et sont devenus plus agressifs.

La faute aux Espagnols

Combien d'ovins et de bovins l'ont payé de leur vie ? Le chiffre serait minime, à croire Christian Arthur, responsable faune au parc des Pyrénées. Sur 31 constats établis en 2007 par les éleveurs de cette région, seuls cinq ou six seraient probants. « Les vautours, dont le nombre en vingt ans a été multiplié par dix, ont moins peur de l'homme » admet Christian Arthur. « Ils arrivent avant le berger sur la bête morte ou coincée dans des barbelés ».

Depuis 2003, le Mercantour est de plus de plus fréquenté par l'espèce. Un soir de l'été dernier, 163 oiseaux ont été comptés sur une falaise du massif du Mounier, près de Beuil. Tous étant bagués, l'observation à la jumelle permet de déterminer leur origine. La plupart de ces visiteurs font des allers-retours à partir du massif du Verdon, distant d'environ 60 km. Quelques-uns viennent de la Drôme, des Cévennes et... d'Espagne. « Cela n'a rien d'extraordinaire » note Jean-Marc Michel, directeur de la nature et des paysages au ministère de l'Écologie. « Des vautours bagués en Espagne ont été observés jusque dans le département des Ardennes ».

Un risque « faible mais pas nul »

Certains pourraient-ils attaquer des troupeaux azuréens ? « Grâce à l'abondance de nourriture, le risque est faible mais pas nul » répond Daniel Demontoux, spécialiste de l'avifaune au parc du Mercantour. « Nous avons donc choisi de l'anticiper. Dans un dépliant consacré à l'espèce, nous allons inclure une fiche sur les attaques de bêtes vulnérables. Dépourvu de serres et de griffes, le vautour fauve n'est pas adapté à la prédation. Son bec, par contre, peut tuer un petit veau ».

Pour l'instant, les éleveurs azuréens ne s'alarment pas vraiment, même si plusieurs d'entre eux relatent des prémices d'attaques dont ils auraient été témoins. Fantasme ou réalité ? « A ce jour, il n'y a pas de cas avéré » tranche Bernard Bruno, président départemental du syndicat ovin qui pointe une nuisance, selon lui, plus préoccupante. « Les moutons tués par le loup sont dévorés par les vautours avant même l'arrivée de l'agent chargé d'établir le constat de dommages. Faute d'établir la responsabilité de Canis lupus, l'éleveur n'est pas indemnisé...»

Jean-paul Fronzes
Monaco-Matin

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